La violence partout, mais d'abord à
la maison
Dans sa vie de couple, une femme sur dix est victime de violences conjugales
d'origines variées. Dans le lot, on retrouve les insultes (4,3
%), le chantage affectif (1,8 %), les pressions psychologiques (37 %),
les violences physiques (2,5 %) et les agressions sexuelles (0,9 %). Si
l'on extrapole les viols déclarés par les femmes interrogées
aux quelque 16 millions de femmes métropolitaines de 20 à
59 ans, on en arrive à un chiffre alarmant : 48 000 femmes auraient
été victimes de viol en 1999, pour le tiers d'entre elles
dans une relation de couple, pensent les chercheurs chargés de
l'enquête.
Par ailleurs, les femmes ayant quitté leur partenaire au moment
de l'enquête ont déclaré trois à quatre fois
plus de violence que les autres.
Mais la violence s'exprime partout et aussi dans l'espace public : les
agressions verbales (pas forcément perpétrées par
des hommes) arrivent en tête et sont subies par 13,2 % des femmes.
Dans le cadre professionnel, dans l'ordre apparaissent les pressions psychologiques
(16,7 % des femmes), les agressions verbales (8,5 %), les avances et agressions
sexuelles (1,9 %) et les agressions physiques (0,6 %).
Elément commun à toutes ces violences subies : le silence
lié à la honte et à la peur (de perdre un mari, d'être
séparée de ses enfants, d'être licenciée, de
n'être pas crue ou ridiculisée)…
Toutes les couches de la société
concernées
Aucune classe sociale n'est épargnée : 10 % des cadres supérieures,
10,2 % des femmes au foyer, 9 % des employées et 8,7 % des ouvrières
subissent des violences conjugales. Mais c'est chez les plus fragiles
socialement que l'on observe les plus forts taux : 13,7 % chez les chômeuses,
et 12,4 % chez les étudiantes et les femmes les plus jeunes sont
deux fois plus touchées que leurs aînées.
En parlant, on se libère
Cette enquête s'est inscrit dans le cadre des Assises nationales
contre les violences qui s'est tenue le mois dernier à Paris, destinées
à "libérer encore davantage la parole" , précise
Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, qui
rappelle que sa permanence téléphonique2, en place depuis
1992, a reçu "600 appels par semaine en 1999 et 1 200, l'an
dernier".
Enfin, il faut souligner que l'enquête a été réalisée
auprès de femmes jointes chez elle par téléphone.
Les plus défavorisées (précarité financière,
séjour en prison, foyer ou hôpital, manque de maîtrise
de la langue…) n'ont pas pu être interrogées. On peut
peut-être se demander si leur témoignage ne ferait pas dangereusement
plonger les chiffres dans un gouffre encore plus alarmant.
Isabelle Martin:
1 - Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France
(Enveff) -
Population et Société n°364 - janvier 2001
2 - SOS femme violence conjugale - Téléphone : 01 40 33
80 60