Grâce à l'imagerie cérébrale, on sait que nos capacités
en la matière sont sous-tendues par deux réseaux cérébraux
distincts.
Un réseau fonctionnant plus efficacement que l’autre, via une propension
à s’activer plus intensément par exemple, pourrait entraîner
in fine un écart de performance dans les aptitudes à manier les
nombres et les mots. L’origine de ces différence serait alors double
: génétique, d’une part, et environnementale, de l’autre,
c’est-à-dire due à la quantité de stimulations intellectuelles
reçues durant l’enfance. Car si les processus cérébraux
impliqués sont encore mal compris, on sait qu’un enfant qui sollicite
précocement l’une ou l’autre de ces deux prédispositions
aura de fortes chances de bénéficier, une fois adulte, de capacités
accrues dans ce domaine.
On peut tout de même manier les chiffres sans avoir besoin de maîtriser
le langage. La preuve : c’est que les aptitudes numériques apparaissent
chez l’enfant bien avant le langage. Une expérience a montré
que des bébés de 4à 5 mois peuvent non seulement «
effectuer » les opérations (1 1=2) et (2-1=1), mais aussi détecter
les erreurs présentes dans les additions (1 1=1) et (1 1=3). Cela prouve
que la résolution de problèmes numériques passe par la
représentation et la manipulation mentale de formes et d’objets
dans l’espace. La maîtrise des mots n’est donc pas indispensable.
Mais, il ne faut pas oublier que la maîtrise du langage permet d’augmenter
nos aptitudes numériques. On le constate chez les enfants de 2 à
3 ans. A cette période, l’irruption du langage déclenché
d’abord un étonnant bouleversement, baptisé « redistribution
cognitive » : ils ne parviennent plus à effectuer les opérations
élémentaires dont ils étaient pourtant capables à
5 mois. Pourquoi ? Tout simplement pace qu’il leur faut utiliser des mots
pour verbaliser les opérations numériques qu’ils effectuaient
jusqu’ici en leur for intérieur. Mais cette situation est temporaire.
Après cette période, la faculté de pouvoir nommer les chiffres
et les opérations leur permet vite de résoudre des problèmes
de plus en plus complexes.
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